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Le géospatial au 4e Salon Business Intelligence


by Jean-Louis Duchesne
April 15, 2009

Le mercredi 8 avril dernier se tenait au Palais des Congrès de Montréal la 4e édition du Salon Business Intelligence (BI), organisé par le Réseau Action TI – Montréal. La conférence a réuni quelque 500 personnes, auxquelles on a proposé près d’une vingtaine de conférences et présentations de solutions, ainsi qu’un salon d'exposants regroupant les kiosques de 25 entreprises et organisations. Le thème pour cette année était : « L’intelligence d’affaires, au-delà de la technologie ».

Directions Magazine français s’y est rendu afin d’observer l’état de l’avancement des technologies géospatiales dans le domaine de la BI, qui est aussi appelée, en français, intelligence d’affaires ou informatique décisionnelle.

Si les deux domaines peuvent sembler étrangers de prime abord, l’utilité du géospatial dans les outils d’aide à la décision est aujourd’hui reconnue par un nombre grandissant d’entreprises. Les produits proposant l’intégration d’un composant géospatial aux outils et processus BI se sont imposés comme des atouts importants dans le domaine du soutien décisionnel au cours des dernières années.

Ces technologies de Location Intelligence, ou d’intelligence géospatiale, tirent entre autres leur valeur particulière des capacités d’analyse spatiale qu’offrent les SIG. Elles se greffent en transparence dans des outils BI, permettant de forer depuis la carte et de comprendre au moyen de l’analyse spatiale des faits ou tendances autrement difficiles à percevoir. En somme, et sans entrer dans les détails, ces technologies combinent les composantes multidimensionnelles du monde BI aux capacités cartographiques et analytiques des SIG.

Les technologies géospatiales sont de plus en plus mises de l’avant en BI non seulement par les grands fournisseurs SIG traditionnels, mais aussi par les plus gros joueurs de la BI (Information Builders, SAP Business Objects, SAS, etc.), qui ont multiplié les partenariats avec les leaders du géospatial que sont ESRI ou PBBI (MapInfo) afin d’intégrer leurs technologies respectives, à divers degrés. Plusieurs produits géospatiaux ont donc été conçus à partir des outils d’OLAP, tableaux de bord et autres applications de plusieurs entreprises du monde BI.

C’est donc avec la certitude de trouver quelque chose à se mettre sous la dent que DMF a abordé la conférence. Nous n’avons pas été déçus.

Jean-François Ouellet, professeur agrégé de marketing à l’École des HEC de Montréal, a prononcé une conférence d’ouverture énergique, qui a pris la forme d’un rappel de l’urgence pour les entreprises québécoises de se doter d’infrastructures BI, chiffres à l’appui. M. Ouellet a décrit le retard pris par le Québec à cet effet, notamment au vu de la rapide expansion que connaissent les technologies BI dans d’autres régions du globe, que ce soit l’Europe de l’Est ou l’Asie-Pacifique.

M. Ouellet a aussi partagé une statistique intrigante, tirée d’un sondage mené par Léger Marketing et commandé par l’entreprise de logiciels de BI SAS, qui indique la faible confiance qu’ont les dirigeants des entreprises québécoises sondées dans la fiabilité des informations d’affaires qui leur sont soumises : la satisfaction quant à ces données tournerait autour de 10%, contre 66% dans les pays de l’OCDE. Que se passe-t-il donc au Québec pour susciter une telle méfiance? Alors que seulement 49% des entreprises sondées ont recours à la BI, il y a lieu de croire qu’une partie de la réponse se trouve tout juste là, dans ce chiffre plutôt bas. C’est du moins en substance l’avis émis par M. Ouellet et sans doute partagé par la vaste majorité de son auditoire.

À l’instar de la BI en général, dont la croissance est moins rapide ici qu’ailleurs, les applications géospatiales gagnent pas à pas leur terrain dans le domaine au Québec. Le seul représentant du secteur était KOREM, confirmée par plusieurs des intervenants comme étant un des leaders dans le domaine de l’implémentation de solutions géospatiales au Québec. À ce propos, Jean-Sébastien Turcotte, chef de la direction technologique chez KOREM, a présenté dans la salle des Partenaires Platine une excellente conférence truffée d’études de cas fort intéressantes illustrant les nombreuses possibilités offertes par le greffage du géospatial à divers logiciels BI. KOREM avait par ailleurs à son actif plusieurs mandats réalisés en utilisant les produits commercialisés ou utilisés par des entreprises présentes au Salon, telles MicroStrategy ou Cognos.

Quoiqu’il en soit, DMF a perçu un enthousiasme certain pour le géospatial chez plusieurs des exposants, conférenciers et participants. Si plusieurs des exposants se sont avérés, lorsqu’on leur posait la question, assez peu familiers avec l’idée d’intelligence géospatiale, ou de la fusion des SIG et de la BI, certains exposants se sont au contraire empressés d’en souligner toute l’importance. C’était notamment le cas de Michael Corcoran, vice-président et directeur du marketing chez Information Builders, dont les produits intègrent les logiciels d’ESRI, et des gens de SAP Business Objects, qui ont eu la gentillesse de nous faire la démonstration informelle d’une application géospatiale utile aux services publics de la ville de Denver, également réalisée avec le concours des produits ESRI. Nous serons d’ailleurs en mesure de vous offrir plus de détails sur ces produits et applications dans les semaines à venir.

Nous avons également pu parler avec les gens de chez SAS, qui nous ont entretenus d’un produit géospatial offert par cette entreprise phare du domaine de la BI, que nous prendrons quelques lignes pour exposer ici, à titre d’exemple de ce qui se fait dans le domaine. Il faut d’abord souligner que SAS/GRAPH, logiciel de SAS permettant de présenter visuellement les données et analyses de diverses façons, offre entre autres la possibilité de faire une visualisation simple de l’information sous forme de cartes géographiques, sans toutefois permettre de faire de l’analyse spatiale comme telle, depuis les cartes.

Pour cela, SAS a également une solution qui repose sur l’intégration des technologies de SAS et d’ESRI, soit SAS Bridge for ESRI. SAS Bridge for ESRI élimine le besoin d’opérer de fastidieux transferts de données personnalisés, au cas par cas, qu’il faut à chaque fois recoder. Il donne la possibilité d’échanger facilement des données entre SAS et ArcGIS, permettant d’insérer à la fois de la BI dans vos cartes et de l’analyse spatiale dans vos rapports. Les données spatiales, numériques et texte se trouvent réunies dans une seule interface. Vous pouvez donc élargir votre intelligence géospatiale avec un outil BI qui considère les entités spatiales de façon inhérente. Vous utilisez donc SAS pour déterminer l’état de vos opérations d’affaires passées ou futures, avec ses métriques et prévisions robustes, que vous pouvez ensuite représenter spatialement. Ces résultats peuvent par la suite former une couche thématique sur une carte, ou être soumis à de l’analyse spatiale (proximités, adjacences, etc.) que vous pouvez en retour intégrer à votre analyse dans SAS.

Les requêtes et analyses peuvent s’effectuer à travers l’interface d’ArcGIS. Il est également possible d’effectuer des analyses multidimensionnelles (OLAP) à travers une interface Web de SAS permettant d’afficher des tableaux, des graphiques et des cartes, en combinant les données provenant de SAS et les cartes ArcGIS. Pour cela, on utilise l’interface SAS Web OLAP Viewer for Java disponible avec la solution SAS Enterprise Business Intelligence Server. Ce dernier scénario semble approprié pour répondre aux besoins, en termes de requêtes et d’analyses (OLAP), d’un utilisateur d’affaires qui ne serait pas un spécialiste des SIG, tout en permettant le forage au détail à partir d’une carte géographique ou d’un tableau.

Étaient aussi présents au Salon deux exposants institutionnels, soit les HEC-Montréal et la Faculté d’administration de l’Université de Sherbrooke. À ce propos, il est intéressant de noter qu’on retrouve dans le programme de « Maîtrise en administration, concentration en stratégie de l’intelligence d’affaires » de cette dernière université un cours intitulé « Intelligence géospatiale et stratégie d’affaires », ce qui témoigne certainement du progrès du géospatial dans le domaine. On nous a expliqué qu’on travaillait à la Faculté d’administration sur les notions de géomarketing, d’analyse spatiale, mais aussi sur tout ce qui touche à l’intégration du géospatial aux tableaux de bord, CRM, etc.

La plénière ayant clôturé le Salon réunissait onze panelistes, parmi lesquels se trouvaient des représentants d’entreprises qui développent des outils BI, ainsi que de grandes entreprises utilisatrices, pour une table ronde portant sur quatre thèmes. En substance, ces thèmes posaient quatre questions, soit : comment justifier les investissements en BI par temps de crise économique; comment contrer l’obsolescence des produits BI; qui doit porter le projet BI au sein de l’entreprise; et quelle est l’utilité réelle de ces outils analytiques.

Aux yeux de l’auteur, une observation de M. Éric Lemieux, vice-président des Services de gestion des avoirs à la Fédération des Caisses Desjardins du Québec, a apporté simultanément un élément de réponse à plusieurs de ces thèmes, notamment ceux ayant trait à la justification et à l’utilité des outils BI. Son commentaire rappelait, pour l’essentiel, qu’il faut du temps pour qu’un système de BI complet et efficace se développe, depuis l’entrepôt de données jusqu’au tableau de bord sophistiqué. En somme, il faut donc considérer ces investissements comme des projets à long terme et les aborder étape par étape.

M. Lemieux recoupait en cela, à son insu peut-être, les propos de M. Jean-Paul Isson, directeur de l’Intelligence d’affaires et de la Gestion de la relation clients chez Monster Worldwide, prononcés lors de son excellente conférence sur le data mining. M. Isson comparait l’évolution d’un projet BI à celle d’un enfant qu’il faut avoir la patience de voir d’abord se lever, avant de marcher puis de courir à pleines jambes, rappelant par là qu’il faut savoir apprécier les petites victoires et ne pas brûler les étapes. Quant au géospatial, s’il est encore un enfant dans le vaste monde de la BI, il marche déjà et ne tardera pas à courir!
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